samedi 7 avril 2018

Jafer

Une oeuvre sonore de Robert Milin

JEUDI 12 AVRIL A 23h00

Sur France Culture




« Ô chante Ulysse / chante tes voyages / Raconte où tu es allé / Raconte ce que tu as vu / Et raconte l’histoire de l’homme qui n’a jamais voulu quitter sa maison / qui était heureux et vivait parmi ceux qu’il connaissait et qui parlait leur langue /  Chante comment il fut alors jeté à travers le monde».
Jonas Mekas commence son journal filmé Lost Lost Lost avec ces mots, il nous y parle au présent de son expérience de l’exil.
Débuter Jafer avec un extrait de l’Odyssée c’est à la fois enraciner cette œuvre dans un des récits fondateurs sur l’exil et c’est aussi une pensée pour Jonas Mekas, un second enracinement dans une des plus belles œuvres du cinéma contemporain consacrée au déracinement.
En 2014, différentes rencontres ont mené Robert Milin dans un café social, installé au rez de chaussée d’un foyer d’accueil de vieux immigrés et de jeunes migrants dans la banlieue parisienne. Des conversations ont commencé et le désir d’une œuvre aussi.
Pendant trois ans, Robert Milin a poursuivi les rencontres tout en prenant de temps à autre  un peu de recul avec la lecture les livres remarquables de Michel Agier et de Marc Bernardot. Puis, il revenait à nouveau dans les couloirs, les halls, les chambres, les escaliers de ces lieux d’accueil. Il accompagnait aussi Jafer et les autres dans un café, sur un marché, dans une boutique ou bien chez eux pour un thé, un café ou simplement une conversation.
Peu à peu, il a enregistré beaucoup de sonorités trouvées dans ces lieux produisant une œuvre sonore impressionniste où viennent se loger des bribes de récits, des chants, des lectures de règlements administratifs, des extraits de l’Odyssée d’Homère.

Delphine Suchecki, mars 2018



jeudi 5 avril 2018

CHAMPS-CONTRE CHAMPS / VIVRE AVEC LES BÊTES UNE EXPOSITION COLLECTIVE

 Du 31 mars au 27 mai 2018

  STUDIO GWINZEGAL 

Espace François-Mitterrand - 1, place du Champ au Roy

GUINGAMP 

 Pour en savoir plus sur l'exposition: 

  1. EXPOSITION
  2.  http://m.cnap.fr/vivre-avec-les-betes
  3.   http://www.letelegramme.fr/cotes-darmor/guingamp/expo-une-invitation-a-repenser-nos-vies-31-03-2018-11908267.php
  4. https://www.ouest-france.fr/bretagne/guingamp-22200/le-critique-d-art-interroge-sur-la-place-de-l-animal-5664123

 


 Moments de rencontres, d'enregistrements pour VENI, VENI, VENI, Portrait d'éleveurs de brebis dans le Quercy et pour Parler aux Bêtes.


Pour en savoir plus sur les oeuvres voir ci dessous et regarder L'ART LES GENS ET L'ARTISTE http://www.lespressesdureel.com/ouvrage.php?id=5420 pour une compréhension élargie des oeuvres et de leur réalisation.

 

 

Veni, Veni, Veni, Portrait d'éleveurs de brebis dans le Quercy, oeuvre vidéo, 2005

 "Invité en 2005 en résidence d’artiste à Saint Circq Lapopie j’ai souhaité poursuivre mon travail sur le monde rural amorcé avec Allez viens donc !
J’ai voulu travailler sur l’idée du portrait.
Il m’a semblé que je pouvais réaliser des portraits d’éleveurs, en me préoccupant moins directement du contexte, surtout dans le monde paysan très marqué par des stéréotypes. J’ai également écarté l’idée d’un portrait qui se voudrait neutre, silencieux, uniquement en gros plan. J’ai choisi de travailler sur la voix et le langage. Je me suis intéressé à l’appel, au cri, à l’interaction cri espace. Le cri poussé dans l’espace est un volume qui emplit tout, momentanément.
Pour cela j’ai fait poser devant moi des éleveurs de brebis, placés à 1,50 m d’une caméra. Au-dessus d’eux, un micro.
Ces éleveurs, habitants du Quercy, je les avais longuement rencontrés auparavant, afin de leur expliquer puis de leur demander de collaborer avec moi. En fin de parcours, dans le studio que j’avais improvisé, un par un, ils sont venus s’asseoir, face à la caméra, comme devant un photomaton. Robert Milin".


Parler aux Bêtes, oeuvre sonore, 2012


En 2012, Robert Milin a reçu une commande publique de l'Atelier de Création Radiophonique de France Culture pour la création d’une œuvre sonore. Son projet était de poursuivre son exploration du monde paysan.
Depuis dix ans il s’intéresse de près aux pratiques d’élevages. Il avait rencontré une cinquantaine d’éleveurs dans diverses régions de France, principalement des éleveurs de vaches et de brebis dont les pratiques étaient très diverses, des plus intenses aux plus bucoliques. Il créait alors Allez viens donc ! une œuvre vidéo et sonore où résonnent des appels faits aux bêtes dans les champs, puis Veni, Veni une autre œuvre proposant un portrait vidéo de paysans du Quercy. Pour Parler aux bêtes, il a retrouvé quelques éleveurs et en a rencontré des nouveaux.
Il les a fait «poser» devant un micro : un par un, ils sont venus comme devant un photomaton dans leur propre exploitation, dans un champ, une étable, une stabulation. Et là, il leur a demandé de parler à leurs bêtes, de faire un effort de concentration pour se souvenir et reformuler ce qu’ils disent quant ils parlent à leurs animaux. Il a aussi enregistré des bruits, des sons dans les différents lieux de l’élevage.
Cette œuvre créée dans la perspective d’une diffusion radiophonique est purement sonore, sans image ni installation. Le visuel étant absent de la création, c’est notre propre imaginaire qui est sollicité, avec nos sensations et nos mémoires. Des pas, des cris, des voix d’hommes, des appels, des voix de femmes se succèdent, se chevauchent comme des fragments des bruits de la vie. Puis des poules, des brebis, de la musique à la radio et le sentiment d’une ferme heureuse comme dans un souvenir d’enfance. Mais aussi des bruits métalliques, répétitifs, des questions ou assertions emplies de confusion : « Ce sont des monstres », « On ne nous paie pas le prix des choses »…. Des sons, des paroles évoquant un monde paysan désarçonné. Dans nos imaginaires les fermes ne sont pas des usines, et pourtant cette voix demande: « mais pourquoi ont ils fait de vous une industrie ? ». Les suicides, la guerre des semences, les puces RFID, les vaches sans corne, les farines animales… Tout s’éloigne des images d’Epinal du monde paysan. Le mot « ferme » ne s’accorde plus avec la réalité des lieux de l’élevage. Certes des images résistent dans nos imaginaires mais elles restent des images. Des résistances concrètes se mettent en place : le GIE Zone verte, le réseau semences paysannes, Kokopelli, le groupe Faut pas pucer … Mais d’autres continuent toujours plus loin pris dans un engrenage, aussi loin parfois que ce projet d’un investisseur BTP pour créer « la ferme des 1000  vaches » qui produirait 9 millions de litres de lait par an dans la Somme.

En écoutant Parler aux bêtes j’ai tout d’abord pensé à une autre oeuvre plus légère, remplie d’humour et d’ironie : celle de Marcel Broodthaers  « interviewant » pendant quelques minutes son chat sur le rôle des musées, sur l’art contemporain, sur le titre de Magritte, Ceci n’est pas une pipe. En réponse, le chat miaule. Avec Parler aux bêtes, les questions, les mots restent aussi sans réponse : ce sont des monstres… pourquoi ont ils fait de vous une industrie ?
 Mais ici ce n’est pas l’artiste qui met sa voix en scène mais comme toujours dans les œuvres de Robert Milin ce sont des personnes rencontrées spécifiquement pour ce projet : les éleveurs. C’est une longue immersion qui lui permet de réaliser ce travail aux allures d’archiviste dans un premier temps. Au sens où il part à la rencontre, à l’écoute et collecte ses matériaux. En cela sa démarche s’apparente aux œuvres musicales de Nicolas Frize, je pense aux oeuvres Patiemment ou Paroles de voitures nées de longs moments d’immersion dans un hôpital et dans une usine. Les deux artistes s’immergent longuement dans des univers dont ils puisent des matériaux qu’ils vont ensuite déplacer dans une pratique artistique.
Suite aux rencontres dans les exploitations, Robert Milin a donc demandé aux éleveurs de performer leur propre rôle. Après ce travail d’enregistrement in situ est venu le temps de la mise en forme de ces sons. Par le biais du montage tous ces matériaux sonores construisent des pensées et des paysages. Si l’œuvre ne suit pas un schéma très narratif néanmoins la succession de ces fragments de vie est porteuse d’un potentiel figuratif. Le son a cette double capacité à convoquer des expériences réelles tout comme à créer les conditions d’une histoire imaginaire.
Pendant près d’une heure les bruits, les paroles donnent son intensité à Parler aux bêtes, le son devient une autre exploration de l’espace réel des élevages.
Deux grandes sensations se dégagent. L’impression fugace d’un grand bonheur, l’image d’un éleveur bienheureux dont le caquètement d’une poule deviendrait un emblème sonore. Mais aussi ce sentiment beaucoup plus cruel de solitude et de désarroi qui se fait sentir. Tout est sous contrôle, les paysans perdent leur autonomie et le contact avec leurs animaux. Dans Reconquérir nos rues, l’urbaniste et architecte, Nicolas Soulier fait le constat d'une « stérilisation » des rues par le biais de règlements qui aseptisent et anesthésient les volontés alors qu’il suffirait de presque rien pour que nos rues soient reconquises par la vie. Il suffirait des quelques roses, d’un vélo, d’un arbre ou de quelques poules.
Et que faudrait il pour que les paysans puissent reconquérir leur autonomie ? pour que la vache cesse d’être un produit sélectionné pour produire toujours plus ? Pour que Libellule, Muscade fille de Job au jarret droit ou Queue de Pie puissent continuer à paître ?

« Je me promenais dans l'allée bordée d'eucalyptus, quand tout a coup surgit de derrière un arbre une vache. Je m'arrêtais et nous nous regardâmes dans le blanc des yeux. Sa vachéité surprit à ce point mon humanité - il y eut une telle tension dons l'instant nos regards se croisèrent - que je me sentis confus en tant qu'homme, en tant que membre de l'espèce humaine. Sentiment étrange, que j'éprouvais sans doute pour la première fois: la honte de l'homme face à l'animal. Je lui avais permis de me voir, de me regarder, ce qui nous rendait égaux, et du coup j'étais devenu moi-même un animal, mais un animal étrange, je dirais illicite.  (Gombrowicz,  Journal 1958 NRF  Fragments  posthumes  XIV  p  289).  Delphine Suchecki, décembre 2013

 

lundi 5 mars 2018

CHAMPS-CONTRE CHAMPS / VIVRE AVEC LES BÊTES UNE EXPOSITION COLLECTIVE

 

Avec des photographies et vidéos de Maria Thereza Alves, Malick Sidibé, Yang Zhenzhong, Marie-Noëlle Boutin, Jef Geys, Robert Milin et Eric Tabuchi.

Du 31 mars au 27 mai 2018

VERNISSAGE VENDREDI 30 MARS 2018 A 18h30

 

 STUDIO GWINZEGAL 

Espace François-Mitterrand - 1, place du Champ au Roy

GUINGAMP 



 Moments de rencontres, d'enregistrements pour VENI, VENI, VENI, Portrait d'éleveurs de brebis dans le Quercy et pour Parler aux Bêtes.


  • Pour en savoir plus sur l'exposition: 
  1. EXPOSITION
  2.  http://m.cnap.fr/vivre-avec-les-betes
  3.   http://www.letelegramme.fr/cotes-darmor/guingamp/expo-une-invitation-a-repenser-nos-vies-31-03-2018-11908267.php
  4. https://www.ouest-france.fr/bretagne/guingamp-22200/le-critique-d-art-interroge-sur-la-place-de-l-animal-5664123 

 

 

Veni, Veni, Veni, Portrait d'éleveurs de brebis dans le Quercy, oeuvre vidéo, 2005

 "Invité en 2005 en résidence d’artiste à Saint Circq Lapopie j’ai souhaité poursuivre mon travail sur le monde rural amorcé avec Allez viens donc !
J’ai voulu travailler sur l’idée du portrait.
Il m’a semblé que je pouvais réaliser des portraits d’éleveurs, en me préoccupant moins directement du contexte, surtout dans le monde paysan très marqué par des stéréotypes. J’ai également écarté l’idée d’un portrait qui se voudrait neutre, silencieux, uniquement en gros plan. J’ai choisi de travailler sur la voix et le langage. Je me suis intéressé à l’appel, au cri, à l’interaction cri espace. Le cri poussé dans l’espace est un volume qui emplit tout, momentanément.
Pour cela j’ai fait poser devant moi des éleveurs de brebis, placés à 1,50 m d’une caméra. Au-dessus d’eux, un micro.
Ces éleveurs, habitants du Quercy, je les avais longuement rencontrés auparavant, afin de leur expliquer puis de leur demander de collaborer avec moi. En fin de parcours, dans le studio que j’avais improvisé, un par un, ils sont venus s’asseoir, face à la caméra, comme devant un photomaton. Robert Milin".


Parler aux Bêtes, oeuvre sonore, 2012


En 2012, Robert Milin a reçu une commande publique de l'Atelier de Création Radiophonique de France Culture pour la création d’une œuvre sonore. Son projet était de poursuivre son exploration du monde paysan.
Depuis dix ans il s’intéresse de près aux pratiques d’élevages. Il avait rencontré une cinquantaine d’éleveurs dans diverses régions de France, principalement des éleveurs de vaches et de brebis dont les pratiques étaient très diverses, des plus intenses aux plus bucoliques. Il créait alors Allez viens donc ! une œuvre vidéo et sonore où résonnent des appels faits aux bêtes dans les champs, puis Veni, Veni une autre œuvre proposant un portrait vidéo de paysans du Quercy. Pour Parler aux bêtes, il a retrouvé quelques éleveurs et en a rencontré des nouveaux.
Il les a fait «poser» devant un micro : un par un, ils sont venus comme devant un photomaton dans leur propre exploitation, dans un champ, une étable, une stabulation. Et là, il leur a demandé de parler à leurs bêtes, de faire un effort de concentration pour se souvenir et reformuler ce qu’ils disent quant ils parlent à leurs animaux. Il a aussi enregistré des bruits, des sons dans les différents lieux de l’élevage.
Cette œuvre créée dans la perspective d’une diffusion radiophonique est purement sonore, sans image ni installation. Le visuel étant absent de la création, c’est notre propre imaginaire qui est sollicité, avec nos sensations et nos mémoires. Des pas, des cris, des voix d’hommes, des appels, des voix de femmes se succèdent, se chevauchent comme des fragments des bruits de la vie. Puis des poules, des brebis, de la musique à la radio et le sentiment d’une ferme heureuse comme dans un souvenir d’enfance. Mais aussi des bruits métalliques, répétitifs, des questions ou assertions emplies de confusion : « Ce sont des monstres », « On ne nous paie pas le prix des choses »…. Des sons, des paroles évoquant un monde paysan désarçonné. Dans nos imaginaires les fermes ne sont pas des usines, et pourtant cette voix demande: « mais pourquoi ont ils fait de vous une industrie ? ». Les suicides, la guerre des semences, les puces RFID, les vaches sans corne, les farines animales… Tout s’éloigne des images d’Epinal du monde paysan. Le mot « ferme » ne s’accorde plus avec la réalité des lieux de l’élevage. Certes des images résistent dans nos imaginaires mais elles restent des images. Des résistances concrètes se mettent en place : le GIE Zone verte, le réseau semences paysannes, Kokopelli, le groupe Faut pas pucer … Mais d’autres continuent toujours plus loin pris dans un engrenage, aussi loin parfois que ce projet d’un investisseur BTP pour créer « la ferme des 1000  vaches » qui produirait 9 millions de litres de lait par an dans la Somme.

En écoutant Parler aux bêtes j’ai tout d’abord pensé à une autre oeuvre plus légère, remplie d’humour et d’ironie : celle de Marcel Broodthaers  « interviewant » pendant quelques minutes son chat sur le rôle des musées, sur l’art contemporain, sur le titre de Magritte, Ceci n’est pas une pipe. En réponse, le chat miaule. Avec Parler aux bêtes, les questions, les mots restent aussi sans réponse : ce sont des monstres… pourquoi ont ils fait de vous une industrie ?
 Mais ici ce n’est pas l’artiste qui met sa voix en scène mais comme toujours dans les œuvres de Robert Milin ce sont des personnes rencontrées spécifiquement pour ce projet : les éleveurs. C’est une longue immersion qui lui permet de réaliser ce travail aux allures d’archiviste dans un premier temps. Au sens où il part à la rencontre, à l’écoute et collecte ses matériaux. En cela sa démarche s’apparente aux œuvres musicales de Nicolas Frize, je pense aux oeuvres Patiemment ou Paroles de voitures nées de longs moments d’immersion dans un hôpital et dans une usine. Les deux artistes s’immergent longuement dans des univers dont ils puisent des matériaux qu’ils vont ensuite déplacer dans une pratique artistique.
Suite aux rencontres dans les exploitations, Robert Milin a donc demandé aux éleveurs de performer leur propre rôle. Après ce travail d’enregistrement in situ est venu le temps de la mise en forme de ces sons. Par le biais du montage tous ces matériaux sonores construisent des pensées et des paysages. Si l’œuvre ne suit pas un schéma très narratif néanmoins la succession de ces fragments de vie est porteuse d’un potentiel figuratif. Le son a cette double capacité à convoquer des expériences réelles tout comme à créer les conditions d’une histoire imaginaire.
Pendant près d’une heure les bruits, les paroles donnent son intensité à Parler aux bêtes, le son devient une autre exploration de l’espace réel des élevages.
Deux grandes sensations se dégagent. L’impression fugace d’un grand bonheur, l’image d’un éleveur bienheureux dont le caquètement d’une poule deviendrait un emblème sonore. Mais aussi ce sentiment beaucoup plus cruel de solitude et de désarroi qui se fait sentir. Tout est sous contrôle, les paysans perdent leur autonomie et le contact avec leurs animaux. Dans Reconquérir nos rues, l’urbaniste et architecte, Nicolas Soulier fait le constat d'une « stérilisation » des rues par le biais de règlements qui aseptisent et anesthésient les volontés alors qu’il suffirait de presque rien pour que nos rues soient reconquises par la vie. Il suffirait des quelques roses, d’un vélo, d’un arbre ou de quelques poules.
Et que faudrait il pour que les paysans puissent reconquérir leur autonomie ? pour que la vache cesse d’être un produit sélectionné pour produire toujours plus ? Pour que Libellule, Muscade fille de Job au jarret droit ou Queue de Pie puissent continuer à paître ?

« Je me promenais dans l'allée bordée d'eucalyptus, quand tout a coup surgit de derrière un arbre une vache. Je m'arrêtais et nous nous regardâmes dans le blanc des yeux. Sa vachéité surprit à ce point mon humanité - il y eut une telle tension dons l'instant nos regards se croisèrent - que je me sentis confus en tant qu'homme, en tant que membre de l'espèce humaine. Sentiment étrange, que j'éprouvais sans doute pour la première fois: la honte de l'homme face à l'animal. Je lui avais permis de me voir, de me regarder, ce qui nous rendait égaux, et du coup j'étais devenu moi-même un animal, mais un animal étrange, je dirais illicite.  (Gombrowicz,  Journal 1958 NRF  Fragments  posthumes  XIV  p  289).  Delphine Suchecki, décembre 2013